Pierre-Yves TRÉMOIS

    Peintre, graveur, sculpteur

 

Dans le cadre de son cycle d’expositions « l’Homme et son corps » et « les âges de la vie », initié par Axel Kahn et poursuivi par son actuel président Frédéric Dardel, l’Université Paris Descartes, université de l’Homme et de sa santé, héritière d’une longue tradition chirurgicale et anatomique, lieu privilégié d’exploration médicale du corps, a réuni dans le cadre austère et somptueux du Réfectoire des Cordeliers les oeuvres de Trémois, dans l’exposition Traits de Passion. L’artiste y représentait Amour et Violence, deux composantes ambivalentes mais essentielles de toute vie, à travers les corps humains. La Passion en est pour lui le trait d’union incontournable.

Depuis 2007, le Réfectoire de l’ancien Couvent des Cordeliers, haut-lieu de l’Histoire de France, du Moyen Age à la Révolution, a été affecté par la Mairie de Paris aux universités de la capitale pour qu’elles y développent leurs missions d’information scientifique et de diffusion de la culture.

Chacun est familier du trait qui raye, qui biffe, qui supprime. Trémois privilégie quant à lui le

trait qui crée, souffre, crie, aime, le trait d’une humanité qu’il s’emploie à débusquer dans les corps dont le trait fin et épuré souligne la nudité et l’authenticité sans fard. En quelques traits les corps émergent, s’affirment, se rejoignent, s’aiment furieusement, giclent de passions et expirent de plaisir. ( Axel Kahn )

Pas de tremblé, encore moins de trémolo, pas de pitié, le trait de Trémois lacère. Pas de chair,

pas de courbe caressée, juste le punctum du supplicié d'où gicle un sang noir, désaffecté.

Trémois maîtrise la violence de son trait. Net, vif et sublime, son dessin incarne une beauté

sans fioritures. Ça ne déborde pas, ça ne dégouline pas, c'est juste le tracé sismographique

d'une pulsation rythmée entre vie et mort, entre amour et perte.

… Tout est dit par un trait, et dans ce qu'il montre là, le trait de l'émoi et de la passion

contenue mais encore indomptable. Trémois trace une beauté sublime, celle d’une humanité

préservée malgré la souffrance du supplicié et dans l’amour de son adoratrice qui le perd à

jamais.

C'est cela qui rend l'art indispensable à l'être pour dire son humanité, malgré tout.

(Thierry Delcourt )

…Incisif, mordant, indécent pour certains, le trait de Trémois nous place au cœur d’un réel

dont l’ambivalence redouble le pouvoir de l’artiste. Puisque « l’Amour de Dieu est aussi

Eros » (Benoît XVI), complémentaire, mais résolument charnel est le cycle Passions. Passion

du Christ, et passion des hommes, amour et violence fusionnent afin que s’accomplissent les

Ecritures et que le destin des hommes soit scellé…


Trémois, c’est avant tout le Trait, « un trait si personnel, comme le souligne Claude Abeille,

qu’on pourrait le définir comme une invention dans notre siècle », un trait d’une absolue

pureté qui donne à l’écriture de l’artiste sa fabuleuse singularité.

Mais Trémois c’est aussi la Passion, une passion partout et toujours présente, au cœur de

l’Histoire, au cœur de l’Homme ; une passion à qui nous devons souvent de nous transcender,

aussi parfois de nous avilir

… Amour, violence, haine, désir : des composantes ambivalentes que Trémois se plaît à

démultiplier à l’infini à travers des corps qui s’affrontent et se déchirent ou se mêlent dans

une extraordinaire osmose d’érotisme et de tendresse. La Passion du Christ en est pour lui

l’expression initiale et sacrée, un drame qu’il réussit à transcrire avec force et mesure dans

une vaste fresque, d’où surgissent le sang, l’effroi, la douleur, mais surtout empreinte d’une

incroyable humanité.

La passion du trait, un trait pour servir la passion : Trémois est au centre de la vie, de notre

vie ; et s’il nous fascine, c’est parce qu’avec une désarmante simplicité, il possède ce singulier

pouvoir de nous révéler à nous-mêmes, de mettre à jour nos plus secrètes pensées, de nous

faire toucher du doigt nombre de nos fantasmes inavoués. ( Yvan Brohard )


Trémois a tout saisi à l’œil et rendu à la main. Ici nul concept, nulle théorie, mais -

l’expérience. Tout talent, toute âme s’instruisent dans la chair. Trémois a vu cet homme porter

une lourde croix, il a observé l’effet du poids sur chaque muscle du modèle. Qui peut dessiner

sans l’avoir vu, de ses yeux vu, ce pied écrasé, cette main agrippée, cette épaule meurtrie? -

sans avoir été témoin, sans avoir été saisi par cet ébranlement qui va de l’œil à la main et qui

rend possible la vision profonde de la réalité mystérieuse et terrible - qu’il faut comprendre

afin de ne pas en mourir.


Il n’y a pas de commentaire à faire de cette œuvre

de Trémois qui image la simplicité du récit

évangélique. Il ne détourne, ni ne décale,

ni ne revisite, ni ne transgresse, ni ne déconstruit.

Le trait dit tout en silence à celui qui voit.

( Aude de Kerros )

Pour de multiples raisons, la création d’une chapelle apparaît comme une gageure frôlant

l’invraisemblance.

De plus, la réputation de Trémois ne paraît pas évidemment l’engager dans un tel projet.

Malgré des cautions éminentes, Trémois sent le soufre. Sa réputation d’érotographe est avérée

par de nombreuses représentations de couples enlacés, plus proches des curiosa de certains

enfers que des parois d’une chapelle.

On peut rêver de la religion de l’Amour. C’est ce que nous propose Trémois. Sacraliser des

sujets profanes, plus que profaner des sujets sacrés. Même, sans doute, réunir le profane et le

sacré. Ainsi le corps se spiritualise-t-il, et le spirituel prend-il corps. Car la corporalité de

l’homme fait partie du plan divin.

.

..Pas de couleur, pas d’ombre dans les peintures de Trémois dont la magie du trait porte sa

propre lumière. Quand le rouge surgit, il est transcendance métaphorique de la naissance et

de la mort. La précision clinique du tracé est indissociable d’une sensualité tendant l’une et

l’autre à communiquer à chacun une émotion qui n’est jamais aux dépens de la pensée.

(Lydia Harambourg)

objective, c’est pour transcender. Il y faut du courage, il s’agit d’une ascèse. Cette simplicité,

il nous faut l’accueillir comme la marque d’une exigence, loin des modes. C’est un art du

silence et de la vérité. ( Michel Lagrange )


Il y a une logique dans cet

art du trait que Trémois a

choisi. Car il est possible

que le trait ait choisi

Trémois plutôt que

l’inverse. Il privilégie les

lignes d’une simplicité sans

égale, audacieuse, à la

limite de la pauvreté. Juste

milieu entre le trop difficile

et le trop facile, cet art du

trait n’est jamais réducteur

de l’image de l’homme.

L’art de Trémois est

véridique, impitoyable de

précision, définitif. S’il

Repères biographiques


Trémois, peintre, graveur, sculpteur , Membre de l’Institut (Académie des Beaux-Arts) -

Série de Grands Livres Illustrés (gravures) de 1945 à 1985.

Auteurs : Montherlant, Claudel, Rostand, Giono, Fellini etc.

Éditeurs : Gallimard, Flammarion, Lefebvre…


Expositions entre autres : Galerie Maurice Garnier1972 et 1973, galerie Attali 1977,

rétrospective Musée Postal Paris 1977, bronze monumental à la station RER Châtelet-les

Halles Paris 1977, galerie Isy Brachot 1978, one man show Fiac 1980 ( pour en finir avec

le singe), rétrospective Musée Isetan Tokyo et exposition itinérante au Japon 1982, rétrospective

Musée de la Monnaie Paris 1984, Réfectoire des Jacobins Toulouse 1987, création de

nombreux bijoux et objets en or gravé, espace Cardin Paris 1993, réalisation de 120

céramiques à Vallauris 1995, Palais de l’Europe Menton 1996, espace Châtelet-Victoria Paris

1997 (bronzes monumentaux et céramiques), château de Chenonceau 2004, espace Châtelet-

Victoria 2005 (40 visages et le Cabinet Erotique), Réfectoire des Cordeliers Paris 2013 (Traits

de Passion).  En préparation «  l’homme nu »



Remerciements à Catherine Trémois pour son aimable autorisation. © 2014/2017 Trémois - Tous droits réservés.

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Trémois : Traits de Passion

Regards sur l’exposition de Trémois

au Réfectoire des Cordeliers à Paris en 2013.